La Société "Congo" au Panamá

Publié le par michel lecumberry

Durant la période de Carnaval, les Congos établissent leurs mini royaumes. Parodiant la Cour d'Espagne, la Reine, Mecé ou Merdeces, et son mari Jua Dio règnent au Palenque, parés de leurs belles couronnes. Leurs noms respectifs sont des déformations de ceux des “protecteurs” des maîtres espagnols que ceux-ci voulaient leur imposer: Maria de la Merced et Juan de Dios. Le Roi et la Reine partagent les responsabilités pour maintenir une ferme discipline entre les membres du groupe et appliquer les châtiments à ceux qui ne respectent pas les règles.

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           Un Roi et sa Reine dansent

   Invisibles pour les étrangers à la communauté, les lois et les hiérarchies sociales sont bien réelles pour ses membres qui acceptent l'autorité de la Reine et du Roi durant la période du carnaval et, pour certaines communautés, durant toute l'année.

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                           Au sortir d'une nuit de fête

Chaque membre porte un nom Congo. Généralement les hommes choisissent un nom d'animal (allusion au fait que les esclaves étaient traités comme des animaux), les femmes portent des noms de fleurs.

Certains membres sont chargés de responsabilités ou de fonctions au sein du groupe. Par exemple: la Minina est la fille de la Reine et peut la remplacer en cas d'absence et le Pajarito avec son drapeau bicolore est son messager et en quelque sorte son huissier.

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Durant les célébrations les Congos parlent un dialecte compris des autres communautés Congos mais non pas des autres Panaméens. Le sens des mots est souvent inversé, bonjour veut dire au revoir, en haut signifie en bas ou encore oui veut dire non. Certains mots espagnols sont déformés, d’autres ont sûrement une origine africaine mais ceci n’a pas été étudié pour le moment.

 Les gestes, attitudes et vêtements portés à l’envers reflètent la moquerie et l’esprit de rébellion vis à vis des maîtres espagnols et du clergé en accentuant aussi l’image des dures conditions des esclaves. Les hommes portent de vieux vêtements rapiécés et dépareillés, autour de la ceinture ils accrochent à des ficelles des boites de conserve ou des objets sans valeur. Les Congos se saluent avec les pieds, les parapluies sont utilisés retournés, les visages sont peints en noir profond ou en bleu...

Quelques hommes décorent leurs vêtements de bouts de tissus bariolés et coiffent un chapeau en forme de cône orné de plumes d’oiseaux, de rubans et de perles. Les femmes portent une jupe longue et ample, une blouse décorée de bijoux peu coûteux et piquent dans leurs cheveux des fleurs fraîches ou séchées. La Reine se distingue par sa couronne embellie de rubans, de perles et de fleurs, tandis que la Minina porte un chapeau de carton recouvert de papier aluminium et de perles.

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         Un Roi et sa cour

Le “Palenque” a dans quelques communautés la forme d’un bateau, dans d’autres il est rectangulaire. La toiture est réalisée en palmes et les côtés restent ouverts, un drapeau blanc et noir le surmonte pour indiquer le début de la période officielle Congo qui commence le 20 janvier.

Toutes les fins de semaine les membres se réunissent dans le Palenque pour manger, danser et chanter tout en restant vigilants car d’autres groupes peuvent arriver à l’improviste durant la nuit pour surprendre la communauté et envahir son Palenque, dérober son drapeau ou la couronne de la Reine.

La visite entre groupes voisins est une coutume établie, elle peut se faire par surprise ou de façon plus protocolaire. Dans ce cas, la Reine envoie son messager, le Pajarito (le petit oiseau), avec une invitation enveloppée dans une feuille de bananier. Si le groupe invité trouve que le moment et le lieu choisis lui conviennent il envoie son acceptation en retour par le Pajarito. La communauté hôte se doit d’offrir à manger et à boire aux visiteurs qui bientôt inviteront à leur tour.

Il faut signaler que les communautés Congo se sont établies tout le long de la côte Atlantique du Panamá et que les traditions ont évolué de façons différentes au sein de chacune d'entre elles.  (à suivre...)

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