Portobelo sinistré et endeuillé

Publié le par Michel Lecumberry

Mercredi 8 décembre

  Depuis quelques jours, l’est du Panama reçoit des pluies diluviennes. Les services météo diront plus tard que jamais une telle quantité d’eau ne s’était abattue sur le pays*.

   Je me trouve sur une île des San Blas, accompagnant un petit groupe de Français. Par la radio nous apprenons que des inondations importantes et des glissements de terrains sont entrain de faire de nombreuses victimes sur la région concernée. Sandrine Pia-Casto, directrice de l’agence de voyage Tucaya, m’informe par téléphone que Portobelo paye un lourd tribut, mais qu’il est malheureusement impossible d’avoir des informations précises, et de joindre ma compagne, le village est isolé. Route et moyens de communications coupés. Inquiétude.

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   Le vendredi, le groupe ayant été ramené sur la capitale par un avion charter affrété, je tente de regagner la maison. Aux abords du village, au lieu dit Buenaventura, le taxi qui me transporte jusqu’à Portobelo passe devant un premier glissement de terrain qui, visiblement, a dû détruire cinq ou six maisons. Nous devons bientôt stopper, la route est coupée. Je termine le trajet à pied, en pataugeant dans les coulées de boue je longe la file de véhicules immobilisés.

   Premier choc, les ruines du Fort Santiago sont envahies par le glissement de terrain qui a traversé la route, laissant un impressionnant enchevêtrement de terre, de roches, d’arbres et de poteaux porteurs de câbles abattus.

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   Au sortir du virage qui donne accès au village, c’est l’horreur. Tous les villageois sont amassés autour d’une grosse pelle mécanique engluée dans un paysage apocalyptique. De part et d’autre de la petite route s’amoncellent les gravats des ruines d’une dizaine de maisons complètement détruites, emportés par terre, rochers et arbres mêlés. Les hommes, souillés des pieds à la tête, fouillent depuis deux jours le fleuve de boue assassin désormais figé. Quelques uns, le regard lourd, reprennent forces, je les salue et cherche à obtenir quelques informations. C’est à ce moment que l’équipe en action extrait de la gangue le quatrième et dernier corps d’une petite famille anéantie. Des femmes tentent alors d’en soutenir d’autres qui s’effondrent dans des hurlements de douleur poignants. Une jeune femme perd ici sa fillette de six ans, ses parents et son frère de vingt ans. Le triste bilan des deux coulées mortelles s’élèvera à treize personnes**. Le Cristo Negro de Portobelo, auteur de tant de miracles, regardait sûrement ailleurs ces jours derniers.

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   Depuis, le village est en deuil, pansant ses plaies. L’électricité et les téléphones cellulaires ont été rétablis dans les cinq jours. Près d’un mois plus tard, l’eau potable est encore distribuée par camion-citerne et nous attendons le prochain rétablissement des lignes téléphonique et d’Internet.

 

Notes:    J'ai attendu quelques jours avant de faire ces quelques photos, préférant laisser le voyeurisme aux télés et autres tabloîds.

 

 

* On a parlé de 275 % de plus que la moyenne !

** Les glissements de terrain ont eu lieu en début d’après midi. On n’ose imaginer le bilan s’ils avaient eu lieu de nuit…

Publié dans Portobelo

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