Visite un peu particulière dans un village embera

Publié le par Michel Lecumberry

  Etre le facilitateur d’une rencontre entre deux communautés fort différentes l’une de l’autre et de plus devant se dérouler en milieu naturel hostile n’est pas une mince affaire. C’est pourtant la mission qui me fût confiée par l’Agence Tucaya, pour la date du 28 mai. Je devais accompagner deux personnes importantes, venues de France, pour la visite dans la jungle épaisse d’un village Embera. Le quasi mystère qui entourait l’identité d’une de ces personnes me laissait supposer, avec quelque petite appréhension légitime, qu’il fallait en fait remplacer le mot personnes par celui de personnages.
  Le jour dit, un peu avant l’heure dite, mieux vaut être plus que ponctuel dans ce genre de mission, je sonne à l'imposant portail de la Résidence de l’Ambassade de France à Panama. J’ai déjà eu l’honneur de rencontrer et même le plaisir d’accompagner pour des visites touristiques monsieur Hugues Goisbault, Ambassadeur en poste, aussi les présentations seront rapides et cordiales. Nous devons aller rencontrer les Emberas en compagnie de son hôte, le Président du musée du quai Branly, Stéphane Martin. Petit ouf intérieur, je connais par presse interposée la personnalité du haut responsable de ce magnifique musée, la journée s’annonce intéressante et détendue*.

amb5-2B  Durant le trajet en voiture, en guise d'introduction à cette importante rencontre, je vais pouvoir faire une présentation des Emberas et plus généralement des sept ethnies indigènes qui sont encore bien présentes au Panama. Pour répondre à des questions, je donnais aussi des précisions sur ce peuplement à l’époque précolombienne et ses modifications à l’arrivée des conquistadors. Nous embarquons à Puerto Vigía. Comme toujours, cette balade commence par un beau voyage en pirogue sur le Lago Alajuela puis, sur le Río Pequení. Le soleil est au rendez-vous, ce qui n’était pas garanti par contrat en cette période de transition entre la saison sèche qui s’achève et celle qui va nous amener les pluies. Mais la navigation sera un peu plus longue que prévue, le lac est à son étiage et la pirogue freinée régulièrement par les gravières du fleuve.

pirogB  Erito Barrigón, le chef embera, informé de l’importance de ses visiteurs, nous attend à l’entrée du village, tandis que tambours et flutes, en guise d’hymnes nationaux, attaquent une cumbia embera d'enfer. Le protocole eut son mot à dire dans les paroles échangées entre les deux grands chefs. – Mon village est très honoré de recevoir l’Ambassadeur de ce grand pays… et patati et patata… - C’est par ma présence que la France… et patata et patati…

amb4B  Puis, faisant suite aux entretiens privés qui se sont déroulés dans le bureau ovale au beau toit de palmes mordorées, la déclaration à la presse (j’étais seul mais présent, non ?) faite sur le perron parlait d’un entretien cordial et très prometteur. Le reporter de service figea pour la postérité cet instant historique.

amb1B   Après avoir fait un brillant exposé sur les traditions et coutumes de son ethnie et parlé de son village, le Président du village demanda respectueusement aux plénipotentiaires de bien vouloir poser avec l’ensemble du gouvernement d’Embera Purú, ce qui fût accepté très amicalement. A noter sur la photo, les élus locaux respectent au mieux la règle de la parité… hommes-femmes-enfants, ne manquaient que les animaux de compagnie, retenus par d’autres tâches administratives.

amb3B   La partie officielle de cette rencontre au sommet (de la colline) touchait ainsi à sa fin. Nous entrions dans la partie privée de la visite. Place à la musique et aux festivités. Repas traditionnel servis dans la grande salle-à-manger d’apparat réservée aux visiteurs de marque, étrangère ou pas, la marque. Et puis, façon courtoise de favoriser la digestion des convives repus, vinrent les danses. Monsieur l’Ambassadeur et Monsieur le Président du musée du quai Branly acceptèrent aimablement de se mêler à une danse tribale. Avec beaucoup de civilité à mon égard, ils acceptèrent même des photos de ce moment de liesse, mais me susurrèrent à l’oreille : svp, ça restera "off". S’il n’y a pas de fuite dans le Canard Enchaîné, les photos resteront par conséquent entre nous. Désolé, ami lecteur déçu, j’aurais dû préciser : entre nous trois.

amb6B   Une visite aux étals d’artisanat traditionnel pour choisir de beaux souvenirs de cette visite et participer ainsi au développement de l’économie locale, quelques photos de la population pour les carnets de voyages de monsieur Martin et nous devons déjà, à regret, prendre congé de nos hôtes. La musique accompagne notre descente vers la plage où attendent nos piroguiers. A peine la navigation commencée, trois gouttes de pluie me font craindre le pire, et le pire, ici, c’est cataractes et compagnie. Mais non, le ciel restera aussi prévenant que nos amis emberas, clôturant ainsi une bien belle et agréable journée, beaucoup moins protocolaire et officielle que relatée ci-dessus, vous vous en doutiez... Mission accomplie. L'entente cordiale entre nos deux peuples sort renforcée de cette magnifique journée.

amb2BNote:
* – Intéressante car, visiteur régulier de l’ancien musée de l’Homme mais parti en voyage il y a presque 15 ans, je n’ai pas encore eu le plaisir de visiter le musée des Arts Premiers, je vais sûrement avoir des informations de première main. Quant à l’appréhension due au voyage en pirogue et à l’environnement du village elle disparaît aussi. J’ai lu récemment un article d’un grand quotidien français, publié
à l’occasion des préparatifs du 5ème anniversaire du musée et consacré à monsieur Martin qui commençait ainsi :
« À la tête du Musée, qu'il pilote depuis cinq ans, ce président énarque et aventurier a fait de Paris la capitale mondiale des arts premiers.
Il y a deux personnes en Stéphane Martin. D'abord, le grand commis de l'État, courtoisie et chemise à monogramme. Ensuite, il y a l'insatiable globe-trotteur plusieurs fois tatoué et amateur de carnets de voyages. Il fallait ces deux facettes pour réussir la mise sur orbite du Musée du quai Branly. »
   Ce jour là, c’est bien l’aventurier, globe-trotter et amateur de carnets de voyage que j’allais accompagner. De retour à Paris, via le Costa-Rica voisin, je ne sais pas si monsieur Martin a revêtu à nouveau sa chemise à monogramme, toujours est-il que j’eus une autre preuve de sa courtoisie, dont il avait fait preuve pour tous, tout au long de cette journée, en recevant un message, inattendu, de remerciement fort amical accompagné d'une invitation personnelle à visiter le musée.
*- Agence Tucaya Panama
Légende des photos :
1- Jeunes filles du service d'accueil
2- Río Pequení
3- Monsieur l’Ambassadeur et Erito Barrigón
4- Monsieur Martin et Monsieur Goisbault entourant le chef
5- Avec les villageois
6- Une chenille embera
7- Ce n’est qu’un au-revoir

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Joelaindien 13/06/2011 16:46


superbe site et des photos magnifiques!