Le Museo de la Biodiversidad, conçu par Frank Gehry a enfin ouvert ses portes à Panama

Publié le par Michel Lecumberry

  Il faudrait plutôt dire entr’ouvert, puisque seulement cinq des huit modules du projet sont désormais accessibles au public. Mais ne cachons pas notre plaisir, l’attente, provoquée par un retard à l’allumage de plus de quatre ans, est pleinement récompensée. Signalons quand même que le génial architecte, sûrement un peu déçu par le peu d’enthousiasme affiché par les gouvernements qui se sont succédés depuis le début des lambinant travaux, n’a pas assisté à l’inauguration de son musée amputé, pour le moment, de trois modules essentiels.

DSC3222   Ont déjà été évoquées ici, la hardiesse et l’originalité de l’ensemble architectural*1. Vu de loin, de la Place de France par exemple, ou vu d’avion lorsqu’on est sur un vol intérieur, cet enchevêtrement de modules aux formes aussi audacieuses que variées et aux couleurs si vives ne lasse pas de surprendre. De près, impressionnant ! Même pour ceux qui l’ont vu sortir du sol et qui ont suivi les différentes étapes sporadiques de sa construction, venir pour passer cette fois le tourniquet d’entrée du Musée est un moment exaltant.

DSC3219   L’escalier monumental vous libère sur un  atrium au niveau de l’entrée. Au centre de cet espace, un parterre de ce qui semble être des dalles de verre coloré vous invite à y poser les pieds. De là vos yeux se porteront d’abord en direction de l’est et le regard viendra buter sur un mur de gratte-ciel clôturant l’horizon. Le Panama du XXIème siècle. Demi-tour sur place, non, pas tout à fait pour le moment. Une image vous immobilise lors de la rotation. Une trouée dans l’enchevêtrement des poutres métalliques de la structure futuriste, laisse entrevoir un retour dans le temps et dans l’espace. Les années 50 du siècle passé, date de naissance du premier pont reliant les continents américains, nord et sud, le Pont des Amériques, une des icones du pays... Le Canal, commencé français mais inachevé, terminé étasunien, avait déchiré en deux l’isthme de Panama, le "Puente de Vida"*2, faisant ainsi barrière d’eau entre les deux grands continents. Fin du demi-tour, là une toute autre vue. Des collines recouvertes de vertes forêts, le Panama originel. Toute cette transition résumée, rendue évidente dès l’atrium du musée par son concepteur.

DSC3016   Et tout au long de la visite, cette fois en détail, nous irons de la création tectonique de l’isthme au Panama d’aujourd´hui.
   A l’entrée, ticket en main, vous serez aimablement accueillis et équipés d’une sorte de combiné téléphonique sans fil. Il parlera votre langue préférée, mais ne fera aucun cas de vos commentaires, c’est un simple magnétophone. Obéissant à votre choix de rythme, le bouton "pause" servant à lui couper le sifflet à votre guise, le guide lilliputien enfermé dans l’écouteur vous expliquera tout, tout au long de la première partie de la visite.
   Description des modules ouverts aux visiteurs.
1/ Galerie de la biodiversité :
      - L’histoire de la vie
      - Les niveaux de la biodiversité
      - Cadeaux de la nature
      - Espèces inconnues
      - Le tableau de la nature

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  2/ Panamarama
   Vous prenez place dans un immense cube plongé dans le noir. Au plafond, sur la gauche, sur la droite, face à vous et même sous vos pieds (le sol est en verre), en tout dix écrans géants répartis. Au son puissant de tambours primitifs rythmant les images, va défiler toute la biodiversité du Panama. Les oiseaux volent autour de vous, des requins viendront taquiner vos pieds, la mangrove succède à la forêt humide, les volcans, les fleuves, l’océan, les animaux, tout se mêle et s’entremêle. Les yeux ne savent plus où donner de la tête, tant les images gigantesques vous assaillent de toutes parts. Ce moment magique et saisissant vous laisse pantois. Fini trop vite.

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  3/ Le pont surgit
      - Forces tectoniques
      - Panama sous l’eau
      - Le vulcanisme constructeur
      - Le pont terrestre se termine
      - L’effet Panama

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  4/ Le grand changement
      - La grande migration
      - Paresseux, pas dinosaures
      - Le nord et le sud se rencontrent
      - Le tout est dans le mélange
      - Le changement continue

  5/ La trace humaine
      - En suivant la trace humaine
      - Les premiers panaméens
      - Caciques et sorciers
      - Les mondes s’entrechoquent à nouveau
      - Un siècle de changement
      - Un organisme vivant

DSC3144    Si le cheminement de la création artistique vous passionne, ne manquez pas la modeste salle consacrée au projet de Frank Gehry. Vous y verrez la genèse du musée. Du premier gribouillis nerveux et exubérant, déjà une représentation abstraite du grand chambardement que fût la création tectonique de l’isthme, jusqu’au petits modules de bois comme jeu de construction pour enfants. Sur les murs sont projetées des images du Panama qui se retrouvent dans les formes et les couleurs du bâtiment futuriste. Molas colorées des Kunas, couleur vives du toucan Arc-en-ciel, diablos rojos et Diablos Congos, etc. Ne manquent que les odeurs et les saveurs du Panama.
   Cette petite salle m’a rappelé un souvenir personnel. Puis-je ?
   Guernica, une des œuvres majeures du grand pape du cubisme, se trouve alors en exil, ordonné par Picasso lui-même*3, au MOMA de New-York. Au sommet d’un escalier, une petite salle. L’œuvre parait encore plus géante que ses huit mètres de large, te prend aux tripes, toi qui sais ce qui s’est passé le 26 avril 1937. L’horreur, la détresse, la douleur absolue sous les coups de boutoir du fascisme. Là, tout autour, sur les trois murs laissés libres par l'oeuvre achevée, des centaines de croquis, d’esquisses, de ratures, le tourment de la création mis à nu, autre douleur. Comme pour envoyer au panthéon du ridicule cette phrase si souvent entendue : Picasso ? Bof, mon gamin de cinq ans peut faire la même chose…

DSC3170   Revenons, si vous le voulez bien, au Museo de la Diversidad :
   Pour les autres modules d’exposition, dont deux gigantesques aquariums sur deux niveaux, il nous faudra attendre, en espérant que ce ne soit pas à nouveau trop long…

DSC3215   Renseignements pratiques :
   Pour se rendre au musée qui se trouve sur la chaussée dite Amador, face à l’entrée côté Pacifique du Canal de Panama :

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- en voiture : prendre l’avenue des Martyres en direction du Pont des Amériques et avant de prendre la rampe d’accès de celui-ci, tourner à gauche vers la chaussée Amador.
- Metrobus : C’est la ligne qui part du terminal des bus à Albrook en direction d’Amador (25 cts de $)
- Taxi (entre 3 et 5$, se mettre d’accord avant. Si l’on sort d’un bel hôtel, se sera plus…)

 

Horaires d’été :
lundi, mercredi et jeudi de 10 à 16h
vendredi, samedi et dimanche de 9h à 17h

 

Tarifs :
Panaméens et résidents : 12$
Retraités, panaméens ou résidents, étudiants ou moins de 18 ans : 6$
Non résidents : 22$, étudiants (munis de leur carte) et moins de 18 ans : 11$

Notes :
*1- voir articles précédents sur le sujet, ici et ici.
*2- Puente de vida (Pont de vie), sous-titre du nom du Musée
*3- L’artiste ne voulait pas que le tableau, peint en 1937 à Paris, rentre en Espagne avant la fin du Franquisme. Exposé depuis son retour en Espagne au Musée Reina Sofía à Madrid, ainsi que 45 études datées.

Publié dans La ville de Panamá

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