Le Canal de Panama, comment ça marche?

Publié le par Michel Lecumberry

   Ah ! Si Ferdinand de Lesseps avait pu finir son projet de canal à niveau, comme il le fit à Suez, la question ne se poserait même pas. Mais le passage d’un océan à l’autre ne serait pas aussi excitant qu’il ne l’est aujourd’hui: on embouque une voie d’eau qui ressemble à une rivière et, après une balade bucolique entre deux rubans de forêt vierge, l’on en ressort de l’autre côté. A peine aurait-il fallu tenir compte des courants de marées*1. Et cet article n’aurait pas eu raison d’être.

   Mais les ingénieurs étasuniens ont construit un canal à écluses. Le parcours est donc entrecoupé de montés et de descentes, ce qui pour un gigantesque porte-conteneurs n’est pas banal. Et le blog d’être obligé de répondre de façon la plus claire possible à cette question : comment ça marche ?

    Principe général

   Plutôt que de s’échiner à continuer de creuser dans la colline rocheuse qui fût fatale au Canal Français, les Etasuniens ont préféré créer un lac artificiel entre les deux océans. On a érigé un barrage sur le Río Chagres, non loin de son embouchure sur l’Océan Atlantique. Puis, avant de le mettre en eau, on a construit de part et d’autre du futur lac des jeux d’écluses géantes pour que les navires puissent y monter d’un côté et en descendre à l’opposé. La surface du Lac Gatún, c’est son nom, se trouve à 24m environ au dessus du niveau de la mer. Il fût longtemps le plus grand lac artificiel au monde.

   Jusqu’ici tout est clair, non ? Je résume : un bateau qui veut passer d’un océan à l’autre va monter sur le lac grâce à un jeu d’écluses, le traverser dans un chenal balisé et redescendre de l’autre côté de l’isthme en passant par un autre jeu d’écluses.

   Suivons par exemple le parcours dans le canal d’un porte-conteneur parti de Miami bien amaigri pour aller s’arrondir la panse sur les docks de Hong Kong. 

   Se glissant par la grande passe du brise-lame qui apaise la baie de Colon, il vise le premier jeu de bouées du chenal d’accès aux écluses de Gatún. C’est ici qu’il va grimper les trois étages, en un peu plus d’une heure, pour accéder au Lac Gatún et suivre le sinueux parcours*2 d’une trentaine de kilomètres avant d’entrer dans la Tranchée Gaillard*3. Quatorze kilomètres plus loin les portes de l’écluse Pedro Miguel s’ouvrent et se referment derrière lui pour le déposer neuf mètres plus bas, sur le petit Lac Miraflores. 1600m plus avant, longueur d’un sprint à Longchamp, mais au galop d’escargot, il entre dans les écluses du même nom sous les yeux émerveillés des touristes de la grande tribune. Deux étages plus bas, moteur lancé, l’eau bouillonne comme au croupion d’un canard mandarin faisant le beau pour sa canette, il enquille le dernier chenal vers la liberté. – L’ai-je bien descendu ? Au passage, déjà en vitesse de croisière, petit salut d’au revoir au Pont des Amériques et à l’énigmatique structure du musée de Frank Gehry et, à moi le grand large ! En tout, il aura séjourné entre dix et douze heures sur l’eau douce.

  Bon, jusqu’ici rien de sorcier. 

  Comme j’accompagne souvent des touristes durant des visites du Canal, je sais d’expérience que, s’il est aisé de comprendre comment un bateau peut descendre du lac vers la mer en passant des écluses en cascade, l’inverse l’est moins. Souvent vient se poser la question : comment l’eau monte-t-elle ? Car c’est évidemment paradoxal, le bateau monte mais l’eau qui le porte descend toujours du lac vers la mer !

   Alors, les écluses, comment ça marche ?

  

   Un article 2 s’impose

 

 

Notes

1-      Le marnage à Panama, côté Pacifique, étant de quelques 6 mètres et celui de Colon, côté Atlantique, d’à peine 6o centimètres les différences de marées auraient entraîné des courants. Sur cette route à sens unique alterné, on aurait « roulé » six heures dans un sens et six heures dans l’autre… portés par les courants de marée.

2-     Le tracé suit en grande partie l’ancien cours du Río Chagrés

3-     C’est la partie le plus étroite du Canal. Elle fût creusée en grande partie par la Compagnie du Canal Français, son nom est un hommage à l’ingénieur en charge de ces travaux dantesques. Parfois on l’appelle aussi la tranchée de Culebra.

 

Crédits illustrations: la carte et le schéma sont inspirés de documents de l'A.C.P.

Publié dans Le Canal de Panama

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