Deux semaines au royaume du quetzal resplendissant

Publié le par michel-lecumberry

  Bien rangé, dans le petit tiroir imaginaire de ses projets de rencontres animalières, le chasseur d’images cache bien souvent un rêve. Il espère secrètement l’observation rare d’un animal ou d’une scène improbable. Son Graal en point de mire.
  Pour ma part, après sept ans de navigations avec Txango le petit voilier blanc, à peine posé définitivement le sac marin dans un village côtier du Panama, je commençais les balades dans les superbes forêts humides du pays.

  Guidé par des amérindiens Embera et Wounaan, habitant depuis des millénaires ces lieux mystérieux, je faisais la connaissance d’une superbe faune sauvage. Bien vite, je me mis à rêver d’une rencontre avec le jaguar. Las, comme sur la presque totalité de son aire de répartition, le puissant fauve se déplace par ici exclusivement la nuit. Après quelques tentatives infructueuses, se rendre à l’évidence, le challenge restera du domaine du rêve…
  L’espoir renaitra lorsque l’occasion me fut donnée, par deux fois, d’aller dans le Pantanal brésilien. Grace à Yoann*1, notre guide émérite et amical, les observations de jaguars en plein jour se multiplièrent. Lors du second voyage, en 6 jours nous en verrons, de près, vingt-six ! *2

  Au cours de nos conversations amicales, qui, depuis ce voyage en 2018, se poursuivent à distance, Yoann m’a fait part de son rêve, observer le quetzal resplendissant (Pharomacrhus mocinno), pas présent au Brésil. Cela tombait bien, je considère aussi que cet oiseau mythique est le plus beau des Amériques et vais souvent l’observer en forêt depuis quelques années.
  En juste retour des choses, je proposais donc à Yoann de l’accompagner sur les contreforts du volcan Barú, où se trouvent mes deux spots préférés pour les voir à coup sûr et en toute discrétion. Mes expériences passées en tant que guide faciliteront les rencontres avec le magnifique oiseau.
  Ce séjour en montagne, s’est déroulé du 2 au 16 avril 2022. Nous ne les avons pas comptés mais nous en avons observés plusieurs chaque jour.

  Pour la période de reproduction, disons février-juin, ceux-ci se regroupent sur les contreforts du volcan entre 1200 et 1800 mètres d’altitude. Ils trouvent là, les fruits de leurs arbres nourriciers favoris *3 et les arbres morts, encore verticaux, pour y creuser leurs nids.
  La période et le lieu sont donc propices pour les observations. Bien sûr, celles-ci doivent se faire dans la plus grande discrétion pour ne pas les perturber durant cette période délicate.

  Dès que les couples sont formés, mâles et femelles se relaient pour creuser un nid en agrandissant une petite cavité déjà existante dans le bois mort au cœur en voie de décomposition. Lorsque celui-ci est prêt, la femelle pond 2 œufs et commence la couvaison qui dure de 16 à 18 jours. Dans la journée, lorsqu’elle sort pour se nourrir, le male prend alors la relève.

  L’élevage des jeunes dure de 20 à 30 jours, les premiers temps, ils sont nourris d’insectes. Bien que la femelle défende farouchement son nid, puis sa progéniture, le taux de mortalité est important.

  Hélas, l’IUCN (International Union for Conservation of Nature) constate que la population décroit et le classe dans la catégorie « quasi menacé ».
Espérons que nos générations futures auront encore la possibilité d’aller observer ce superbe et mythique oiseau *4
.

  Oups… les yeux plus gros que le bec, ou comment participer à la dispersion des graines de Lauraceae dans la forêt humide…

Notes
*1    Yoann Lebrun, voir son blog : https://pantanaljaguarland.com/


*2    on peut regarder le montage vidéo réalisé au retour de ce deuxième voyage dans le Pantanal brésilien, ici : https://youtu.be/Axs2tGFhH-E

*3    Principalement des arbres de la famille Lauraceae. Un de ses favoris : Ocotea pharomachrosorum (décrit en 1993, son nom scientifique fait référence à celui du quetzal resplendissant : https://www.jstor.org/stable/3391416

*4- Article Wiki : Quetzalcoatl, (littéralement «quetzal-serpent», c'est-à-dire «serpent à plumes de quetzal», en nahuatl), est le nom donné, dans le centre du Mexique, à l'une des incarnations du serpent à plumes, qui était une des principales divinités pan-mésoaméricaines (Aztèques, Mayas et Toltèques).
 

Mâle perché sur une branche d’ocotea
Femelle, prête à l’envol, au-dessus de son nid

Classement de l'IUCN

 

Publié dans Oiseaux du Panama

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B
Bonsoir Michel,<br /> Merci pour ta News letter. J'aime beaucoup les oiseaux mais je suis émerveillée par les magnifiques<br /> plumages des Quetzals, en plus toutes tes informations sur leur comportement sont très interessantes.<br /> tu as beaucoup de chance d'avoir pu les observer.<br /> Bonne soirée. bise, Christiane
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M
Merci beaucoup pour ton sympathique commentaire Christiane. Le quetzal est pour moi le plus bel oiseau des Amériques. C’est un grand plaisir que d’aller les observer chaque année en période de nidification, seul ou avec des personnes que je guide. Bise
L
Des photos magnifiques et un texte sympa
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M
Merci beaucoup d'apprécier cet article. Cordialement. Michel
J
Salut. Michel.. toujours aussi belles tes photos...<br /> En souvenir d un voyage avec toi chez les kunas et les emberas..<br /> Brigitte et Jean-Pierre
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M
Merci d'apprécier mes photos Brigitte et Jean-Pierre et merci de garder un beau souvenir de nos rencontres avec mes amis Amérindiens. Faites bien attention a vous. Amicalement. Michel