Oiseaux du Panama, les colibris

Publié le par michel-lecumberry

  A les voir ainsi, si petits, voleter auprès des fleurs pour subtiliser leur nectar nourricier, qu’on les appelle souvent "oiseau-mouche". Il faut dire que le plus minuscule d’entre eux mesure 2 cm et pèse 2 grammes… il est cubain ! Sur l’ile, c’est le zunzuncito *1

  Ici, au Panama, on les nomme aussi « picaflores », comme s’ils passaient leur temps à piquer les fleurs*2, alors qu’il les adore... C’était un animal sacré des Aztèques, une autre ethnie précolombienne de la Caraïbe pensait qu’il avait apporté le feu aux hommes ou une autre encore, qu’il avait semé la vie sur la terre…

  Sa famille c’est Trochilidae, une famille nombreuse, elles sont 340 espèces, toutes présentes exclusivement sur les continents américains, dont 59 décrites au Panama. Il me reste du boulot si je désire toutes les observer et les photographier, sans compter que certaines espèces se réduisent à quelques rares individus sur des territoires limités, parfois perdus dans la forêt vierge du Darien ou en montagne…

   Sans connaitre les détails de son anatomie, à première vue il apparait que ce petit spécimen n’a rien à voir avec les autres oiseaux du globe. Pour vous donner une idée, vous achetez à Mr Dassault un Rafale (quelques 100 millions d’€, quand même…) et chez Airbus-Helicopters une version, civile ou militaire à votre convenance, placez les deux engins dans votre garage et attendez qu’ils s’accouplent. Les performances du fruit de leurs amours ressembleront beaucoup à celles de nos petits amis. Le colibri est le seul oiseau capable de voler en arrière, il peut faire du vol stationnaire ou se déplacer en piqué-vrillé-renversé au milieu d’une dense végétation à près de 100 km/heure.

  Quelques informations "techniques".
 Battement des ailes : leurs articulations extrêmement souples peuvent, contrairement à tous les autres oiseaux, faire des huit, 80 fois par seconde et jusqu’à 200 fois par seconde en vol piqué.
  Ils ont un "cœur gros comme ça", 2,5 % de leur poids ! Les muscles pectoraux, le moteur des ailes, atteignent près de 30% de leur poids (imaginez, à peine 6% pour Schwarzenegger, du temps de ses 7 titres de M. Olympia).
  Entre 300 et 500 respirations et jusqu’à 1000 battements de cœur par minutes.

  Pour alimenter cette merveilleuse mécanique à plumes, le colibri doit consommer l’équivalent de son poids quotidiennement. En grande majorité du sucre, trouvé dans le nectar des fleurs, mais également de petits insectes qui lui apportent les protéines nécessaires.
  Il se nourrit une dizaine de fois par heure, par séquences d’une minute maximum et passe donc quelques 70% de sa journée perché, à se reposer. Pour passer la nuit, sans alimentation, le petit phénomène volant se met en léthargie, ralentissant sa respiration, les battements de son cœur et laissant sa température baisser. Dans cet état, il est très vulnérable.

  Quelques espèces, pour entreprendre de grandes migrations, emmagasinent de la graisse, jusqu’à 50 % de leur poids avant le départ. Au Panama, une seule espèce est migratrice, le Colibri à gorge rubis (Archilochus colubris) va passer l’été, et nicher, au Canada, à des milliers de kilomètres ! Hélas, pour le moment, pas de photo de ce grand voyageur, mais je ne renonce pas, il est rare et très localisé dans les hauteurs de la province de Chiriqui, simple question de persévérance.

  Pour terminer, mais peut-être fallait-il commencer par-là, son plumage. Ah ! Son plumage… Le colibri n’a qu’un millier de plume, très peu par rapport aux autres espèces d’oiseaux. Certaines présentant des plaques iridescentes qui vont réfléchir des couleurs métalliques si les rayons du soleil les frappent. La couleur d’un individu peut donc varier d’une seconde à l’autre au grès de l’éclairage. Par mimétisme, la couleur ressemble parfois aux fleurs nourricières, surtout la gorge ou le dessus de la tête.

  A signaler également que certaines espèces de colibris présentent un dimorphisme sexuel. Les femelles, souvent plus petites et moins colorées, ont souvent un plus fort mimétisme.

  Ce sont elles qui vont construite le minuscule nid, y pondre deux œufs et s’occuper de nourrir les nouveau-nés.

  Avoir la chance de pouvoir observer le manège endiablé et coloré de ces oiseaux-mouches autour d’un massif de fleur est un émerveillement inoubliable.

Notes :
*1- « zunzuncito », textuellement « le petit zunzun », onomatopée rappelant le bruissement des battements ultra-rapide des ailes.
*2- Celui qui pique la base des fleurs, c’est plutôt son concurrent dans la recherche de nectar, le Perce-fleur ardoisé (Diglossa plumbea). A l’inverse des colibris, cette espèce n’a donc pas de fonction pollinisatrice. (photo ci-dessous)

Légendes des photos (de haut en bas) :
1-
Colibri à ventre châtain (Lampornis castaneoventris) Région de Boquete
2- Campyloptère violet (Campylopterus hemileucurus) Cerro Punta
3- Ariane à ventre gris (Amazilia tzacatl) Torti
4 - Hermite anthophile (Phaethornis anthophilus) Darien (au crépuscule avec flash)
5- Ariane à ventre gris (Amazilia tzacatl) Boquete
6- Colibri à gorge pourprée
immature (Lampornis calolaemus) Région de Boquete
7- Colibris de Julie
(Damophila julie) Forêt du Darien (au crépuscule avec flash)

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