Cinq jours chez Quetzal resplendissant, le bel emplumé mythique

Publié le par michel-lecumberry

   Cinq jours, c’était un minimum pour apercevoir et observer le quetzal, tant cet oiseau est farouche et discret, souvent bien caché dans les frondaisons fournies de ses arbres nourriciers.

  Pour son troisième voyage guidé au Panama, Jean*1 souhaitait revoir le resplendissant volatile en passant quelques jours sur les contreforts du Volcan Barú*2 où nous étions déjà venus trop brièvement en 2014.
   
Le quetzal du Panama, sans faire de migration importante, se déplace suivant les saisons pour trouver les fruits dont il se nourrit principalement. Entre mars et juin, il affectionne un territoire provisoire, situé sur le Barú entre 1500 et 2000 mètres d’altitude. C’est cette zone qu’il choisit chaque année pour s’accoupler et se reproduire. Par la suite, il redescendra vers des aires moins hautes.
  
Une première étape de deux jours au Boquete Tree Trek de Boquete, ne s‘est pas révélée fructueuse, les quetzals qui venaient d’arriver sur la zone, encore peu nombreux, se faisaient entendre bien trop haut à flanc de montagne. Près de Boquete, sur le sentier dit "de la cascade", où j’avais pu en observer les années précédentes, choux-blanc aussi ce jour-là. Des chants, mais un peu lointains lors de notre passage.
  
Des informations, obtenues par téléphone auprès de l’un de mes contacts vont m’inciter à modifier un peu le programme établi. Nous abrégeons le séjour de ce côté du volcan et passons sur le versant ouest de celui qui se trouve être le toit du Panama avec ses 3475 m de haut. A Cerro Punta, nous avons choisi de passer cinq jours dans l’un des neuf bungalows perdus en forêt montagneuse de l’hôtel «Los Quetzales».

  Après être passé à la réception de l’établissement dans le village, pour les formalités d’entrée, nous devons abandonner notre véhicule sur le parking pour charger bagages, provisions et glacière bien remplie dans une espèce de wagon métallique arrimé à un rutilant tracteur. Non loin, sitôt quitté le bitume, nous comprenons la raison d’un tel attelage. Ça monte sec, c’est plus que rocailleux, ça passe des ruisseaux et des ornières rêvant de rivaliser avec de grands canyons, bref, ça secoue grave ! Dans le rebelle engin, faut s’accrocher ferme, chaque secousse sismique affole l’échelle de Richter locale, nos cranes menaçant de crever le plafond bâché. Au début, tu crois qu’Abel, le téméraire chauffeur agrippé vaillamment à son volant, est payé pour éjecter le plus vite possible les pseudos aventuriers. Histoire de préserver la sérénité des lieux. En fait, le brave garçon fait tout ce qu’il peut pour maitriser son mustang aux roues géantes qui, lui, aucun doute la dessus, cherche à se débarrasser de la charrette qu’on lui a sertie aux fesses. Une grosse demi-heure de rodéo, à dos d’un bronco plus endiablé que permis, avant d’atteindre le nirvana, là-haut, perdu au milieu de la forêt.

  Le bungalow n°5, le plus petit de la portée, nous offre tout le confort pour un séjour style cabane au Canada. Chic, sommes coupés du monde, pas de téléphone, pas d’Internet, mais électricité et donc eau chaude… sans oublier le poêle rustique où, le soir venu, vont crépiter les buches de bois sec. Les nuits sont fraiches à cette altitude. Depuis la terrasse, des fleurs, des oiseaux grignotant le silence de ramages incessants et des écureuils, curieux de connaitre la générosité des nouveaux occupants. Ne manque que le quetzal, ce sera, nous l’espérons, demain. Pour nous aider, la cheminée enverra bientôt ses signaux de fumée en volutes incantatoires au Quetzalcóatl*3. Elles se dilueront dans la sérénité d’une paisible nuit.
 

  Le talentueux rodéo-man, Abel, est aussi un guide naturaliste précieux. Plus de quinze ans passés dans la zone à observer faune et flore, du chant du plus rare des oiseaux aux traces abandonnées par un mammifère nocturne, rien ne lui échappe. Dès le matin, nous avons droit  à notre premier nid de quetzal en activité. Comme de coutume, le couple a élu domicile dans une cavité d’un arbre mort encore érigé. Aujourd’hui, c’est la femelle qui se colle à la couvaison. Par moment, elle sort un court moment pour se sustenter un peu dans l’arbre voisin. Le mâle n’est pas loin, mais le pauvre a perdu sa queue. Il a surement dû échapper de justesse à une lâche attaque d'un zorra (opossum).

  Quatre jours durant, je vous épargne la description de la série d’observations, les chants plaintifs de celui qui passe pour être le plus bel oiseau du continent, nous mèneront vers eux. Hélas, nous ne sommes pas souvent dans les meilleures conditions d’éclairage pour les photographier, le soleil se montrera un peu flémard durant le séjour, les frondaisons épaisses, les contre-jours néfastes. Mais, croyez-moi, chaque fois le pouls s’accélère lorsque le regard finit par découvrir le timide et prudent emplumé, grignotant son fruit de bambito*4, bien à l’abri du regard du commun des promeneurs.
   
Nous passerons aussi quelques heures à observer d’autres oiseaux, en particulier trois espèces de colibris, cisaillant de leur vol de missiles sol-air le peu d’espace laissé vacant par les arbres, grands amateurs de collé-serré dans ces contrées humides.

  Ces cinq jours passeront comme un soupir furtif de l’alizée qui vit ses derniers jours. Si le dieu maya le veut bien, nous reviendrons. L’an prochain ? Peut-être un peu plus tard en saison, histoire d’observer les jeunes sortants du nid, s’essayant au vol majestueux de leur chef de famille, le divin emplumé multicolore.

A suivre: articles de photos

Ecouter: Le chant du quetzal resplendissant

Notes :
*1- voir le compte-rendu du deuxième voyage au Panama de Jean, ici.
*2- le volcan Barú, dans la province de Chiriqui, point culminant du Panama 3475 m.
*3- Article Wiki : Quetzalcoatl, (littéralement «quetzal-serpent», c'est-à-dire «serpent à plumes de quetzal», en nahuatl), est le nom donné, dans le centre du Mexique, à l'une des incarnations du serpent à plumes, qui était une des principales divinités pan-mésoaméricainesAztèques, Mayas et Toltèques).
*4- Ocotea pharomachrosorum (Lauraceae), un des arbres nourriciers du Quetzal resplendissant (Pharomachros mocinno)

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