Artisanat traditionnel du Panama, les vanneries des Amérindiens Wounaan et Embera (article 1) par Margo Callaghan

Publié le par Margo Callaghan

   

  La première fois que j'ai voyagé dans la forêt tropicale humide du Darien de Panama, c'était en 1973. J'ai été reçue dans des demeures isolées de familles que l'on appelait «Chocos». A cette époque, tous les Indiens qui vivaient dans le Darien et n'étaient pas Kunas étaient appelés «Chocos», car ces tribus avaient émigré de la région colombienne du Chocó et partageaient le même mode de vie le long des rivières de la forêt humide. Toutefois, ils appartiennent à deux ethnies différentes : les Wounaan et les Embera. En fait, il n'y a pas d'Amérindiens «Chocos».

  A l'époque les seuls paniers que j'avais vus étaient les paniers utilitaires tissés.  Quand je suis revenue au Panama en 1996, j'ai vu des paniers magnifiques, totalement différents. Voulant en savoir davantage, j'ai fait la connaissance de certaines familles amérindiennes vivant dans des huttes traditionnelles le long du fleuve Chagres près de Gamboa. Dans l'intervalle, ces talentueux Indiens Wounaan et Embera du Darien avaient appris à utiliser leur savoir traditionnel de sculpteurs et tisseurs de paniers pour vendre leur artisanat aux touristes et aux collectionneurs. En admirant leurs paniers et en connaissant mieux certains d'entre eux, j'ai eu envie d'en savoir plus.

  Mais très peu avait été écrit sur les Wounaan, les Embera ou leurs paniers, sauf un opuscule sur la vannerie wounaan, publié en 1980, depuis longtemps épuisé. Sous-titré «Un trabajo feminino» («Un travail féminin»), le livret parle de cet art traditionnel qui s'est transmis de mère en fille depuis la nuit des temps, et qui représente la plus profonde des traditions de la culture des Wounaan et Embera. Leurs paniers traditionnels sont tous tissés avec des matériaux trouvés dans la forêt humide, et se présentent sous différentes formes et tailles selon l'utilisation à laquelle ils sont destinés.

  Alors, après avoir parlé avec beaucoup de Wounaan et Embera et après avoir étudié de près leurs hösig di (les paniers si finement réalisés) et même après avoir essayé d'en faire moi-même, je leur ai posé maintes questions à propos de la manière d’élaborer leurs paniers et au sujet du matériel de la forêt humide qu'ils utilisaient pour la teinture. J’ai parlé aussi avec plusieurs collectionneurs et patrons et pu écrire le livre «Darien Rainforest Basketry», (www.basketsofpanama.com) afin de documenter les origines et les débuts de cette forme relativement nouvelle de l'art qui est basé sur une longue tradition de paniers réalisés par les femmes Wounaan.

  J'ai divisé les paniers en deux groupes séparés : hösig di, les fins paniers de chunga disposant d'une structure en rouleaux, et les paniers utilitaires tissés. Comme les fins paniers de chunga sont tissés plus solidement et sont les plus difficiles à faire, ce sont ceux qui intéressent le plus les collectionneurs de vannerie de luxe. Comme ils n'étaient traditionnellement réalisés que par les Wounaan, j'ai décidé de les appeler par leur nom dans leur langue (appelée le wounmeu): Hösig Di.  Par la suite ce nom a été repris par d'autres au grand plaisir des Wounaan.

  Les hösig di, les paniers tissés avec les meilleures fibres de la chunga n'étaient traditionnellement que peu décorés. Parfois, quelques dessins en noir ou rouge étaient incorporés au blanc crémeux de la chunga au naturel, mais le plus souvent, ils étaient tout simplement blanc uni. Comme ils sont difficiles à faire, ils étaient en général plutôt petits. Ce n'est qu'en 1982 que les Wounaan ont commencé à faire leurs paniers fins en chunga pour les collectionneurs. Ces premiers paniers de 1982 et 1983 étaient petits, bruts, souvent inégaux, avec des coutures irrégulière et peu de décoration. Dès 1990, tant les Wounaan que les Embera fabriquaient des paniers destinés à la vente.

  La chunga (le palmier noir au tronc couvert de longues épines) a une importance historique pour les Wounaan et joue un rôle clé dans leur vie. On utilise ses fibres pour décorer les flûtes cérémonielles et les bâtons à soins qui seront utilisés par le chaman (curandero) au cours de ses rites curatifs; seule la fibre de chunga a le pouvoir d'attacher ou de contenir les esprits mauvais. Les arcs et les flèches, les sarbacanes grandes et petites, sont tous faits en chunga  afin de profiter de la solidité de son bois au fil régulier, résistant aux torsions. Le dur tronc de ce palmier sert de pilotis, supportant aussi bien au sens propre qu'au sens figuré les foyers Wounaans.  Dans leur Mythe Créateur, duquel il existe plusieurs versions, la chunga est l'arbre dans le bois duquel le Créateur de Tout, Hēwandam, a taillé le peuple Wounaan. La chunga est le symbole de la Création et les paniers les plus fins sont faits avec la chunga

          
  Ces paniers, les hösig di, sont exclusivement réalisés avec les jeunes pousses des palmes de chunga et nahuala.  La première donne la fibre du fil utilisé pour coudre autour du rouleau de nahuala (appelé palmier des chapeaux typiques du Panama car il sert à leur tissage *) dont la fibre constitue le cœur des rouleaux des paniers hösig di.

  Les femmes préparent les fibres. En pliant chacune des feuilles de palme, elles arrivent à en peler la partie externe la plus rugueuse. Habituellement, les femmes entourent une des extrémités de la feuille autour d'un orteil, la tendent vers elle d'une main, et la fendent en longueur de l'autre. D'un coup, elles sont alors capables de peler toute la feuille de son épiderme le plus vert. Elles répètent le processus de l'autre côté et se retrouvent avec une large bande de la fibre la plus douce, qu'elles divisent alors en lanières très fines pour obtenir des fibres étroites, mais extrêmement résistantes. Celles-ci sont ensuite lavées à l'eau de pluie et enfin blanchies au soleil. Ce traitement donne à la fibre une texture d'une grande finesse, comparable à celle du fil à coudre. Certaines femmes préparent et teignent la chunga mais ne font pas de paniers; de nombreuses tisseuses achètent des écheveaux de chunga qui a déjà été teinte et qui est prête pour la vannerie.

 

Note: * voir article sur le chapeau traditionnel du Panama.

A suivre

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